JBC – peinture, illustration, street art



Collage sur mur

JBC @ le Mur Oberkampf

« Rock the Kasbah » – un hommage à Joe Strummer (1952-2002)

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Le MUR Oberkampf, c’était une belle tribune qui m’a été offerte pour exprimer mes opinions, proposer ma vision des choses en image. C’était aussi l’occasion de revenir aux compositions multi-images narratives, telles que je les faisait lors de me débuts (Diego Rivera reste pour moi la référence absolue en la matière).

J’ai pour cela travaillé sur le thème de la chanson « Rock The Casbah » du groupe The Clash (1982). Après avoir travaillé sur les univers latino-américains (beaucoup) et Indiens (un peu), j’ai voulu m’attaquer au champ sémantique et graphique du monde islamique, dans sa dimension culturelle plus que religieuse. Je me suis arrimé à mes agréables souvenirs du documentaire « The future is unwritten » (Julien Temple, 2007), dédié à la vie de son chanteur, Joe Strummer. Un passage m’avait frappé, c’était le chagrin de Joe lorsqu’il apprit que des soldats américains avaient peint « rock the casbah » sur leurs bombes pendant la première guerre du Golfe. J’appris par la suite que cette chanson avait injustement été classée parmi les 50 chansons les plus conservatrices de l’histoire par le magazine National Review en 2006. J’ai vite perçu le potentiel dichotomique du célèbre morceau.

L’exploration de sa dimension festive (telle que l’avait imaginé les Clash) fut un prétexte jubilatoire pour réaliser un pot-pourri d’une certaine conception maghrébine et moyen-orientale de la musique et du spectacle : Frank Zappa, les danseuses orientales, le légendaire label Oranais Boualem Disco Maghreb, etc. Sans peur de tomber dans les clichés, mais lorsque l’on se lance dans ce genre de compositions narratives, on ne peut y couper ; le tout est de savoir les choisir. Et surtout, une reprise de la jaquette du single de Rock The Casbah au premier plan, c’est à dire un juif hassidique et un bédouin déconnant joyeusement ensemble. Ce qui dans le contexte actuel, frôle la provocation. Mais peu importe, je ne fais que proposer une vision, libre à chacun d’y adhérer ou non. Comme Strummer en son temps, je me refuse à verser dans la fatalité d’un éternel affrontement judéo-arabe.

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On raconte aussi que Rachid Taha ne fut pas étranger à la genèse du morceau, allant à en faire une reprise 20 ans plus tard avec le guitariste des Clash ; Rachid n’a pas été intégré à mon visuel, mais il aurait très bien pu prendre la place de Franck à califourchon sur un oud. Sa reprise de Ya Rayah est exactement le genre d’ambiance que j’ai voulu transcrire par le modeste biais des images. Quant aux femmes voilées jouant du rock, elles ont été tirées d’une photo de presse, il s’agit d’un groupe de jeunes femmes émiraties. Mon message évite ainsi les simplifications laïcardes sur le voile islamique. Signe religieux exclusivement, ou peut-être aussi culturel ?

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En revanche la déclinaison du coté obscur de la chanson, c’est à dire le détournement triste et injuste de son sens, allait, je le pressentais, me conduire dans les entrailles les plus obscures de l’histoire récente du Moyen-Orient. Il y a eu la guerre du Golfe de 1991. Et il y a peu, le printemps arabe, pour le meilleur et pour le pire. Mais la véritable déchirure s’est produite avec la folle invasion de l’Iraq par les USA en 2003. Folle décision dont nous ne finissons plus de subir les conséquences. J’ai fait des recherches iconographiques sur cet épisode de l’histoire, notamment les horreurs commises à Abou Ghraïb, qui disons-le, n’ont rien à envier aux actuelles atrocités perpétrées par Daech. Et les découvertes m’ont fait froid dans le dos.

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Des camarades d’atelier m’ont vu m’atteler à cette deuxième partie et des mises en gardes se sont rapidement élevées. C’est qu’entre temps, les attentats du 7 janvier 2015 avaient eu lieu et ses conséquences : montée de la peur, de la tension entre les communautés… Pour accréditer les craintes de mes camarades, il y eu quelques jours avant le « mur » le passage à tabac de l’artiste Combo, alors qu’il collait une affiche sur l’apaisement des rapports entre les religions, près de la Porte Dorée (« Coexist »). Il m’est apparu nécessaire d’accompagner l’oeuvre d’un peu d’explication, pour éviter toute mauvaise interprétation sur un sens qui il faut le reconnaître, n’apparaissait d’une grande clarté. D’où ce petit texte complémentaire collé sous l’affiche :

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